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Institut des Oblates du Coeur de Jésus

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PUISER EN DIEU L'AMOUR POUR REPANDRE L'AMOUR

[Conférence du P. Daniel Auguié MSC, le 5 juin 2015 à Montluçon, dans le cadre de l'année de la vie consacrée]
Je m'empresse de dire que je ne suis pas un spécialiste de Louise-Thérèse. Il y a parmi nous des personnes bien plus calées que moi. Je me situe comme un frère pour essayer de comprendre avec l'actualité de l'amour de Dieu en nos vies.

Je me sens d'autant plus frère que le P. Jules Chevalier, le fondateur des Missionnaires du Sacré-Cœur a eu une correspondance suivie avec Louise-Thérèse. J'ai cru comprendre qu'elle était une femme de tête et que donc leurs chemins se sont séparés et tous deux sont devenus, à leur manière, des apôtres du Sacré-Cœur.
Je comprends que le P. Ferlay (auteur du livre "La Force de la Foi") ait pu écrire : "Je me suis découvert peu à peu en compagnie d'un maître spirituel trop peu connu"… "Quelqu'un qui a quelque chose à nous dire et qui peut aider"… C'est bien pourquoi nous sommes ici cet après-midi ; pour essayer de comprendre ce qu'a à nous dire la fondatrice des Oblates du Cœur de Jésus.
Ces propos du P. Ferlay me font penser à une distinction qui a été faite au lendemain du Con-cile Vatican II à propos des congrégations reli-gieuses. Le dominicain, Jean-Marie Tillard, faisait remarquer qu'il y a des charismes de fondateur et des charismes de fondation. Charisme de fon-dation, c'est pour une œuvre précise : par exemple les sœurs hospitalières. Il faisait re-marque qu'un tel charisme n'avait pas la durée de l'éternité, surtout en occident où le relais des sœurs hospitalières a été pris par le gouverne-ment. Tandis qu'un charisme de fondateur ou de fondatrice a à voir avec une intuition spirituelle forte. Je pense que Louise-Thérèse et le P. Cheva-lier ont une telle intuition dans leur contempla-tion du Cœur du Christ.
Je ne vais pas faire l'historique de la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus et les méandres complexes de l'histoire. J'ai lu avec intérêt la remarque du P. Ferlay qui dit : "Louise Thérèse revient, dans son attachement au Cœur du Christ, à une spiritua-lité du cœur et de l'offrande intérieure" ce qu'elle appelle l'oblation. C'est le terme de "spiri-tualité du cœur qui m'a accroché" car nous di-sons la même chose pour parler de la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus. Le terme de dévotion renvoie à des pratiques, à des choses à faire… (qui marquent la piété populaire, ce n'est pas mauvais, loin de là, mais ce n'est pas suffisant)… le terme de spiritualité nous fait comprendre qu'il s'agit d'une vie dans l'Esprit, une vie inspi-rée par une intuition spirituelle… ici, le Cœur de Jésus vu comme une source inépuisable de bien-faits. Cette source a coulé au côté de Jésus lors-que le soldat, voulant vérifier l'authenticité de la mort de Jésus, perça le côté de Jésus. Le P. Cheva-lier dit qu'il a ouvert une porte au cœur de Dieu. Ce à quoi Jean-Paul II précise, lorsqu'il a fermé la porte de l'année sainte de l'an 2000 : "la porte sainte est fermée mais la porte du Cœur du Christ demeure à jamais ouverte".
Mais revenons aux paroles de Louise-Thérèse :
"Puiser en Dieu l'Amour pour répandre l'Amour".
Il s'agit d'une parole à la fois simple et fondatrice. C'est une invitation, à la manière d'Isaïe, d'aller puiser aux sources vives du salut. Dite toute seule, cette parole peut nous tromper sur la dé-marche profonde de Louise Thérèse. Elle peut faire penser un aspect purement volontariste et nous faire comprendre que le chemin spirituel que nous empruntons est purement une affaire humaine. Or, pour puiser en Dieu l'Amour, Louise Thérèse nous indique qu'il faut accepter que Dieu nous cherche et veuille se donner à l'homme pour l'envahir de bonheur. Elle rejoint là tout l'enseignement des Ecritures : c'est tou-jours Dieu qui fait le premier pas. Dans la suite de la fête de la Ste Trinité, de dimanche dernier, je pense au fameux passage où Dieu se révèle à Moïse (Exode 3). Moïse veut comprendre pour-quoi le buisson ne se consume pas… il veut sa-voir, il veut prouver… comme nous aimons tant faire. Dieu lui dit : "Déchausse-toi car la terre que tu foules est une terre sainte, accepte la puis-sance de mon amour… et Dieu dira son nom : JE SUIS. Une note de la TOB traduit : "je suis qui je serai"… ce que je suis tu le découvriras tout en marchant avec moi, en vivant en ma présence, en me laissant être Dieu à tes côtés et en toi. Je crois que nous sommes là dans l'intuition de Louise Thérèse : "il faut chercher Dieu avec le désir de l'écouter nous dire sa volonté, pour que nous puissions l'accomplir avec joie".
Il y a à la fois une décision de notre part et une acceptation, une oblation de notre personne pour laisser à Dieu, le soin de faire son métier de Dieu en nous. Le Pape François ne dit pas autre choses dans son exhortation "La joie de l'Évan-gile" au n°3 :
"J’invite chaque chrétien, en quelque lieu et situation où il se trouve, à renouveler au-jourd'hui même sa rencontre personnelle avec Jésus Christ ou, au moins, à prendre la décision de se laisser rencontrer par lui, de le chercher chaque jour sans cesse. Il n’y a pas de motif pour lequel quelqu’un puisse penser que cette invitation n’est pas pour lui, parce que « personne n’est exclus de la joie que nous apporte le Seigneur ». Celui qui risque, le Seigneur ne le déçoit pas, et quand quelqu’un fait un petit pas vers Jé-sus, il découvre que celui-ci attendait déjà sa venue à bras ouverts".
Puiser en Dieu l'Amour pour répandre l'amour, c'est vivre la spiritualité du Cœur, ce dont je vais vous parler maintenant, puis je parlerai, pour terminer de la notion d'oblation si chère à Louise Thérèse, c'est sa manière de vivre la spiritualité du Cœur.

LA SPIRITUALITE DU COEUR

Vous vous souvenez de la distinction faite entre dévotion (des pratiques) et spiritualité (une manière de vivre inspirée par l'Esprit).
Que ce soit le P. Chevalier ou Louise Thérèse, ils ont compris, me semble-t-il, la dévotion au Sa-cré-Cœur d'une manière ouverte au sens d'une spiritualité. Ils ont saisi que le Verbe fait chair, Jésus, nous révèle un Dieu qui nous aime avec un cœur d'homme : celui de Jésus. Je ne résiste pas au fait de vous lire ce beau passage de GS n° 22.2 qui reflète tellement la pensée de nos deux maîtres spirituels :
"Image du Dieu invisible" (Col 1, 15), Il (le Christ) est l’Homme parfait qui a restauré dans la descendance d’Adam la ressem-blance divine, altérée dès le premier péché. Parce qu’en lui la nature humaine a été as-sumée, non absorbée, par le fait même, cette nature a été élevée en nous aussi à une dignité sans égale. Car, par son incar-nation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme. Il a tra-vaillé avec des mains d’homme, il a pensé avec une intelligence d’homme, il a agi avec une volonté d’homme, il a aimé avec un cœur d’homme. Né de la Vierge Marie, il est vraiment devenu l’un de nous, en tout semblable à nous, hormis le péché. (GS n°22 § 2)

La "spiritualité du Cœur" ce sont donc : des fa-çons de "regarder" le Christ, et en particulier son Cœur "attentif à tous les hommes" ; des façons "d'aimer" le Christ en retour ; des façons de "ma-nifester" son amour aux hommes.

Aimer être aimé
La base de la spiritualité du cœur, c'est de pren-dre une conscience vive de l'amour que Dieu me porte personnellement. Parmi des infinités de possibles, j'ai été personnellement "choisi par Dieu, en son Christ, dès avant la création du monde, pour être son enfant" (Cf. relire le can-tique des Éphésiens 1,3-18 : que l'on peut consi-dérer comme le "Magnificat de Paul"). Je peux vraiment dire, moi aussi, comme St Paul encore : «Le Christ m'a aimé, et il s'est livré pour moi" ! (Galates 2,20). Cet amour est personnel, incondi-tionnel, et toujours fidèle, car "les dons de Dieu sont irrévocables" (Romains 11,29), et "le Dieu fidèle ne peut se renier lui-même" (2° à Timo-thée 2,12). Il nous est bon de prendre conscience de cet amour inconditionnel à notre égard.
Cet amour de Dieu "pour moi" m'est révélé, comme à St Paul, dans l'humanité de Jésus, et il est symbolisé dans son Cœur blessé. Et ceci a pour première conséquence que je dois me dé-barrasser de toutes mes fausses idées de Dieu, que ces fausses idées soient dues à l'éducation que j'ai reçue ou aux sentiments de culpabilité qu'entraîne la conscience de mes fautes : Dieu fidèle m'aime, moi, aujourd'hui, et tel que je suis aujourd'hui ! Le Cœur du Christ "bat" pour moi aujourd'hui ...

Aimer s'aimer
Mais si Dieu m'aime, je dois apprendre - ou réap-prendre - à m'aimer moi-même ! Le "désir" de Dieu, son projet, c'est que chacune de ses créa-tures soit, dans la création, ce qu'elle doit être ! Lorsqu'il s'agit de la personne humaine, et donc de moi, le désir de Dieu est que chaque personne, et donc moi, réalisions pleinement notre dignité "humaine", et grandissions vers la plénitude de notre dignité d'enfants de Dieu.
Mais notre moi profond, notre "cœur", est sou-vent blessé et malade ... Nous n'arrivons pas à nous "aimer" nous-mêmes ... Pour répandre l'amour comme dit Louise Thérèse il faut que je sache aimer. La première tâche de la spiritualité du cœur, c'est de m'aider à me libérer, à me gué-rir, de mes peurs, de mes sentiments de culpabi-lité, de la mauvaise (et fausse) idée que je me fais de moi.
Jésus disait qu'il faut aimer son prochain "comme" soi-même (Marc 12,31) : encore faut-il que je m'aime moi-même (ne serait-ce que parce que je suis aimé par Dieu !). D'ailleurs, je ne puis également aimer Dieu que "comme moi-même", c'est-à-dire en étant vraiment moi-même ! Et tout progrès dans l'amour de Dieu et l'amour des autres me rend davantage "moi-même " ...

Aimer aimer les autres…
Prenant toujours davantage conscience de l'amour actuel de Dieu pour moi, apprenant peu à peu à m'aimer moi-même ("comme" Dieu m'aime), je vais pouvoir m'ouvrir aux autres avec plus de vérité. Dans la compassion dont déborde son Cœur miséricordieux, Jésus s'est fait "le Samaritain" de toute l'humanité, et c'est à moi désormais de me faire (de me "montrer", dit Jésus dans la parabole de Luc 10,29-37) "le pro-chain" de l'autre ...
L'Esprit de Jésus nous envoie en Église et vers le monde pour proclamer l'amour et la compassion révélés dans le Cœur blessé de Jésus. Mais "pro-clamer" les vertus du Cœur de Jésus ne peut se faire que dans notre manière de vivre, que dans notre façon de vivre la spiritualité du cœur : une façon de vivre authentiquement humaine, et qui parte du cœur, en libérant toute la puissance d'amour de notre cœur.

Aimer pour guérir ...
moi-même et les autres !
Cette manière de vivre "du cœur" dans le monde d'aujourd'hui et dans l'Église se traduit de façon privilégiée par la compassion et le pardon : une mise en œuvre de la miséricorde divine. Car c'est "l'humanité" du Cœur du Christ qui est blessée par les violences, les haines, les exclusions, les injustices, les rejets ou le mépris de l'autre. Nous contribuons à guérir ces blessures quand nous vivons "avec cœur", et nous sommes vraiment nous-mêmes quand nous vivons "avec amour".
C'est pourquoi la spiritualité du cœur considère le pardon comme le chemin de la guérison spiri-tuelle, le chemin de la guérison du cœur. Appris de l'amour compatissant de Dieu, mis en œuvre grâce à son amour, le pardon me guérit moi-même, rend l'autre plus "humain", et le monde meilleur. (Ici, je pense aux maladies des cardi-naux signalées par le pape François. Quand on en relie la liste, il faut être honnête, nous aussi, nous sommes atteints par certaines d'entre elles et il convient d'en demander la guérison.

Discours d'ouverture de Mgr Pontier à la session de printemps de la CEF (mars 2015)
Qu'il est dur ce monde quand on y vit dans la violence et le mépris ! Qu’il est beau quand, dépassant les peurs, chacun re-cherche le bien de tous ! Et ils sont nom-breux ceux qui trouvent le sens de leur vie dans un engagement concret et durable pour les autres. Qu’ils sont nombreux les amis de la paix et du courage ! Ce sont eux et leur combat qui sont porteurs d’un véri-table avenir.

POUR REPANDRE L'AMOUR
que j'ai puisé en Dieu… le chemin de l'oblation…

L'oblation, telle que la comprend Louise Thérèse est, me semble-t-il l'offrande intérieure de ma personne qui permet de donner corps à la spiri-tualité du Cœur comme je viens de l'évoquer. Louise Thérèse a saisi de l'intérieur que Dieu n'a que faire de nos offrandes et nos sacrifices s'ils ne nous mettent pas en communion profonde avec le Christ lui-même, avec son cœur. S'ils ne nous aident pas à épouser les sentiments de son cœur.
Il s'agit de vivre l'actualité du mystère pascal en découvrant la puissance d'amour que Dieu dé-ploie en son Fils Jésus qui donne sa vie pour nous et pour la multitude. Pour reprendre l'image du cierge qui brûle, évoquée par Louise Thérèse… l'actualité de l'oblation est vécue dans le mystère de Pâques, lorsque dans la nuit pascale le cierge pascal est allumé et qu'il illumine toute l'Église… il se consume pour éclairer, pour nous éclairer.
Il me semble que Louise Thérèse résume bien ce qu'elle entend par oblation lorsqu'elle dit : "L'oblation est le don de soi-même pour honorer, pratiquer l'amour"… Benoît XVI le dit pareille-ment aux jeunes des JMJ : "ouvrez votre cœur au Christ, il n'enlève rien, il donne tout". L'amour n'a pas de mesure, il est sans mesure comme le chante une de nos hymnes. L'oblation nous fait entrer dans ce courant d'amour pour être à notre tour l'amour en acte : par nos actes et nos paroles, par nos regards et nos gestes.
L'oblation induit une relation à Dieu et aux autres qui se façonne dans l'amour. C'est pour-quoi il faut puiser en Dieu l'amour (son amour même) pour pouvoir répandre l'amour. On ne peut donner que ce que l'on reçoit, que ce que l'on a expérimenté.
L'amour appelle l'amour… et le don de soi dans ce courant d'amour. L'oblation vécue dans le cadre de la liturgie nous rappelle que c'est une entrée, avec Jésus pour compagnon, dans l'of-frande qu'il fait de sa vie au Père pour que les hommes aient la vie en abondance. Emprunter ce chemin c'est donner sens à nos existences et c'est faire signe pour ceux qui vivent autour de nous : ceux qui croient et ceux qui ne croient pas. Comme vous le savez, les gestes, les manières d'être parlent plus que les paroles (Cf. Paul VI dans EN : "notre monde a davantage besoin de témoins que de théoriciens"). Je pense à cette parole de Madeleine Delbrel qui conviendrait à nos deux amis (Louise Thérèse et P. Chevalier) : "il s'agit d'être agi par Dieu"… où comme je disais au début apprendre à laisser Dieu faire son mé-tier de Dieu en nous !
Merci d'avoir eu la bonté de m'écouter.
Maintenant, dans un temps d'adoration, entrons dans cette attitude d'oblation devant le St Sa-crement où Jésus se donne à voir dans sa pré-sence eucharistique. Comme le dit St Augustin : "Apprenons à devenir LUI". Apprenons à nous offrir, tel un cierge qui se consume par amour pour éclairer ce qui est autour de lui.